La randonnée est à la mode. Le voyage à pied permet de retrouver les traces humaines effacées par les voitures. Là où la route asphaltée appelle à la compétition, les randonneurs préfèrent les chemins de terre et de traverse, vecteurs de solidarité.

Randonner, c’est davantage se mettre au pas de l’autre qu’imposer sa cadence. Car marcher au gré de son envie, c’est d’abord se redécouvrir soi-même.

La marche à pied nous renvoie à la mère des migrations. Avant d’allier le geste à la parole, l’homme, disait l’anthropologue Leroi-Gourhan, commence par les pieds . La marche nous rappelle la bipédie et ce qu’elle nous a offert : nos civilisations... Elle est associée au plaisir. Toute randonnée se voit écourtée si le promeneur ne ressent pas de plaisir, même dans la souffrance. L’effort du randonneur est souvent plus une bénédiction qu’une douleur, même si, pour certains, le promeneur se transforme en martyr volontaire !

La quête d’un plaisir inaccessible et d’une harmonie improbable est essentielle. Elle motive le marcheur-pèlerin. Simple et complexe à la fois, la marche à pied atteste la vie qui démarre tant bien que mal, une aventure humaine qui débute vers l’âge d’un an. Le bébé marcheur trébuche encore un peu. Car la marche est aussi une démarche, un prétexte à la séduction. Des premiers pas chez soi aux expéditions dans l’Himalaya, il y a un grand pas que les seuils de la vie permettent de franchir.

Forme de résistance solitaire non dénuée de nostalgie, la marche est toujours un pas fait en direction de l’autre. Une rencontre qui exige de l’effort sur soi. C’est une thérapie, à la fois psychologique et physique. . Défi à la vitesse et au bruit, la marche incite à la modestie, pousse à la curiosité, encourage au silence, suscite la méditation. Elle invite au repli, à l’intimité, à se taire pour mieux écouter.

Un voyage à visage humain

La marche est indissociable de la vie : ne dit-on pas communément « ça marche » pour signifier que cela fonctionne ? Marcher, c’est refuser de s’arrêter (souvent en si bon chemin ), d’éteindre, de s’éteindre aussi, bref de mourir. Symbole de la vie, la marche nie la mort. D’ailleurs, les fantômes qui parcourent nos cimetières ou nos rêves ne sont-ils pas des morts en marche, des morts vivants ? Le débat reste ouvert. Toujours est-il que la marche est sans doute l’un des modèles d’une errance active, riche en expériences, dont les sentiers restent encore à explorer. la marche à pied est un voyage à visage humain.